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Surprenante, Karin Maillard

Surprenante, Karin Maillard

KiDS Team

Minikane, prononcez-le à la française s’il vous plait : Mini pour petit ; kane pour la fameuse poussette canne. Et le K, pour Karin (Maillard ndlr) l’heureuse créatrice de la marque.

Je la rencontre rapidement au dernier salon Playtime de Paris, on s’installe autour d’un café (sans sucre pour elle et un cookie pour moi) et on parle sans voir les minutes filer. De cet entretien mi professionnel, mi personnel naîtra cette interview.

Une rencontre d’un nouveau genre avec une femme qui en a longtemps caché une autre. Un esprit libre, fonceur et pragmatique empreint d’une mélancolie et d’une complexité insoupçonnées.  Et si on se disait tout… l’occasion de quelques confidences.

L’histoire de Minikane débute avec la création de mini poussettes cannes pour poupons, comment vous est venue cette idée ?

En 2012, j’étais à la tête d’un des premiers concept-store dédié à l’univers de l’enfant à Vincennes. J’avais une offre plutôt haut de gamme de vêtements, de mobilier, de jouets et de puériculture. Mais, il me manquait une poussette pour poupée qui puisse répondre à la fois à mes critères esthétiques et qualitatifs.

L’idée de la créer moi-même plutôt que de la chercher vainement sur le marché existant, m’est venue une nuit d’insomnie, tel un flash, une intuition ! A l’époque, je travaillais avec une éditrice de tissus qui vendait du coton enduit aux motifs Liberty ou Michael Miller… l’association poussette-coton enduit s’est imposée évidemment à moi. J’ai eu la vision d’un produit fort, qui plus qu’un simple jouet, deviendrait un objet de mode pour la maman et son enfant, et suivrait les tendances du moment. 

Vous avez élargi l’offre en créant des vêtements et accessoires pour poupées, en rhabillant les célèbres poupons nus de la marque espagnole Paola Reina, là encore comment a germé cette idée plus qu’originale ?

J’ai découvert les poupées Gordis de la marque Paola Reina, il y a 3 ans, dans la vitrine d’un magasin, qui n’était même pas un magasin de jouets. Et là, j’ai eu un véritable coup de foudre pour la bouille adorable de ces poupons aux différentes ethnies. Je les ai donc recherché, retrouvé, et là encore, l’idée s’est imposée à moi : comme elles étaient « nues », j’allais pouvoir laisser libre cours à mon imagination et à ma créativité pour leur constituer un véritable « dressing ». Mon souhait était d’habiller les poupées comme on habille les enfants. Ainsi est née la première Collection de vêtements « Les Miniz’habits » : des tissus certifiés OEKO-TEX, doux et légers comme la double gaze ou la popeline de coton, et des couleurs tendance et plutôt sombres, comme le noir, les camaïeux de gris, le marsala, le moutarde ou le curcuma.

Je me souviens de leur première apparition sur notre stand au salon Maison & Objet.  C’était la folie. Tout le monde les voulait !

Aussi, avant de nous lancer dans la fabrication de nouvelles collections de vêtements (puis, plus tard, de mobilier et accessoires poupées), nous avons tenu à obtenir de la part de la direction de Paola Reina, une véritable légitimité par rapport à la vente des poupons Gordis. Un matin, j’ai donc pris mon courage à deux mains et décroché mon téléphone. A l’autre bout du fil, il y avait Francis, un homme formidable qui a cru en moi, en nous, et qui nous a permis de devenir le Revendeur Exclusif des poupons Gordis en France.

Vous évoluez dans un univers de jouets d’imitation pour enfants, quel a été votre parcours ?

J’ai un parcours professionnel atypique puisque je viens du monde de l’automobile. Certes, j’étais directrice de communication, mais j’évoluais dans un monde très éloignée de celui dans lequel je baigne aujourd’hui. Je suis passée de 4 roues motrices aux 4 roues d’une poussette canne. J’ai cependant adoré mon métier, j’ai aimé travailler dans un secteur masculin, dans une équipe essentiellement composée d’hommes. C’est malheureusement un drame personnel qui a mis fin à cette carrière…

Votre histoire n’est pas commune, vous portez depuis des années un lourd secret…

Pas exactement un secret, mais plutôt un sujet que par respect et par pudeur, je ne souhaitais pas aborder. 

La perte d’un enfant est difficile à évoquer. Mais je l’ai vécue. J’ai perdu mon fils, Rodolphe, à l’âge de 4 ans et 8 mois.

Aujourd’hui, si je ne me sens toujours pas prête à « poser » mon histoire, je ressens le besoin de ne plus la taire. Pendant longtemps, je l’ai cachée, enfouie, parce que je ne voulais pas que quiconque puisse imaginer, ne serait-ce qu’un instant, que je puisse me servir de ma vie personnelle pour mener ma vie professionnelle. Et surtout, je ne voulais pas inspirer de la peine ou de la compassion, car ce n’était pas moi la plus à plaindre.

Vous comprendrez donc que je n’en dise pas davantage, puisqu’il n’y a pas de mots pour décrire cela.

Ce que je peux dire, en revanche, c’est que tout ce que j’ai « accompli » depuis son départ, depuis l’ouverture de mon premier Dépôt-Vente pour Enfant en 2008, jusqu’à la création de Minikane, en passant par le lancement de mon Concept-Store, je l’ai fait pour et avec lui. 

 Femme, maman, chef d’entreprise, est ce que se lancer dans l’aventure entrepreneuriale était, pour vous, une évidence ?

Avec du recul, je dirais que oui. Je suis issue d’une famille d’entrepreneurs. Mon père était chef d’entreprise, ma mère travaillait avec lui, et ils ont eu une très belle réussite professionnelle. Mes grands-parents eux-mêmes étaient gérants de commerce. Ça donne forcément des modèles d’indépendance… Et c’est ce que j’essaye de transmettre à mes filles : ce goût de la Liberté !

Y-a-t-il des femmes ou hommes qui vous ont inspirée, et/ou donné l’envie de vous lancer, ce fameux goût d’entreprendre ?

Ma famille. Celle-là même qui a distillé en moi cette soif d’indépendance. C’est inscrit dans nos gênes !

Chaque entreprise passe par des moments de secousses ou de turbulences, avez-vous une anecdote à nous raconter ?

Avec Minikane, il y en aurait à raconter ! Mais la plus marquante date du début de la marque.

En Juillet 2013, lors du premier salon Playtime de Paris, j’exposais sur un petit stand 9 poussettes, qui étaient en réalité que des prototypes. 

J’avais trouvé 9 châssis chez un grossiste belge, des tissus en coton enduit aux motifs vintage, trendy et classique que j’avais fait monter en assise par un atelier de confection trouvé sur le web. J’avais le nom de la marque, mais rien de plus. J’y suis allée au culot, pour « voir ».

Et là, j’ai vu ! Au bout de 3 jours, le carnet de commande comptait, pas moins de 984 poussettes à livrer en Octobre dans des points de vente, dont certains très prestigieux, comme Le Bon Marché par exemple.

Je peux dire qu’après l’effervescence du salon, et l’explosion de joie, le réveil fut rude, car, mis à part le concept, je n’avais rien ! Ni local, ni châssis, ni certitude de disponibilités de tissus, ni certifications. Rien !

Quel regard portez-vous sur le chemin parcouru ?

Minikane vient de fêter ses 7 ans, c’est un cap.

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2019 a marqué un tournant important, avec le déménagement de nos bureaux, un agrandissement bien sûr, et l’embauche de 2 salariés. Compte tenu de mon histoire, ce passage n’a pas été facile, car les locaux de Minikane étaient 3 boxes que nous avions aménagés au fond de notre terrasse. Chez nous. Il m’a fallu un grand temps de réflexion avant d’accepter que « l’enfant quitte la maison » et que je le laisse grandir enfin. 

Je suis tellement heureuse d’avoir réussi cela !

Fin 2019, vous avez lancé avec le célèbre family concept-store parisien Smallable, une collaboration solidaire au profit de l’association « Un enfant par la main ». Racontez-nous la genèse d’une telle action et sa concrétisation.

C’est une initiative de Cécile Roederer, la fondatrice de Smallable. En phase avec la notion de durabilité dite « sustainability », l’idée était d’habiller les fameux poupons Minikane grâce aux chutes de tissus des créateurs de mode présents sur le e-shop Smallable.

Au total, 21 marques se sont prêtées au jeu de cette opération inédite, parmi lesquelles Œuf NYC, Poudre Organic ou encore Heimstone, en faisant don de leurs chutes textiles pour donner vie à des tenues de poupées collectors. Ce fut un travail colossal mais une expérience tellement enrichissante. Et je peux l’admettre aujourd’hui ce projet a mis à rude épreuve mon sens très « libertaire » de l’organisation. Mais que c’était passionnant !

Aimeriez-vous renouveler cette expérience ? Avec qui souhaiteriez-vous collaborer ?

Oui, j’adorerais ça ! Maintenant, il y a tellement de marques incroyables que j’admire, que ce soit dans la mode femme ou enfant, dans l’accessoire, le jouet ou la décoration…

J’ai déjà la chance et l’honneur de collaborer avec de très belles marques, mais aussi avec de magnifiques boutiques, notamment à l’étranger.

Je suis quelqu’un de fidèle, et de reconnaissant. Donc si Smallable me demandait demain de refaire une nouvelle collaboration, je n’hésiterais pas une seule seconde ! D’autant plus que leur équipe est vraiment professionnelle, humaine et avec laquelle il est très agréable, de travailler.

Et pour KiDS, rien que pour KiDS, on rêverait avoir une news ultra confidentielle que nous ne divulguerons qu’à nos lecteurs !

Nicolas (son compagnon et bras droit ndlr) et moi, revenons à peine du Salon du Jouet de Nuremberg, où nous avons bien sûr rencontré nos partenaires de Paola Reina.

Nous sommes terriblement fiers et heureux de vous annoncer, en ultra confidentialité (bien sûr) que nous nous sommes vu confier officiellement la distribution des poupées Paola Reina pour les États-Unis et le Royaume-Uni. C’est donc un nouveau challenge qui démarre et qui nous enthousiasme énormément !

Après avoir relu ces lignes et avant de mettre le point final à ces pages, je ne peux que me dire que qu’il y des femmes d’exceptions, qui choisissent de vivre envers et contre tout. Karin Maillard est de celles-là. Je ne vous cache pas qu’elle m’a bluffée, par sa témérité, son dévouement aux siens et à son entreprise, son goût pour les défis aussi. Si elle trébuche, elle se relève. Et moi, je dis Bravo !

Propos recueillis par Karina Vigier

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