« Les rencontres les plus importantes ont été préparées par les âmes avant même que les corps ne se voient » de Paulo Coelho.

 

N’avez-vous jamais croisé une de ces personnes qui semblent ne pas se trouver sur votre chemin par hasard ? Il y a là comme une sorte d’évidence. Comme deux animaux qui se flairent, se jaugent, se reconnaissent et s’accueillent. Votre existence en est transformée.

Et pourtant, vous le connaissez à peine, il vous dit une phrase, vous accorde un peu de son temps, une heure… et ce fameux moment change le cours de votre vie. C’est exactement ce que je ressens face à Monsieur Serge Bensimon, le papa de la célébrissime basket éponyme. A chacune de nos rencontres, j’avais le sentiment de le connaître… dans une vie antérieure peut être, de le reconnaître… comme un être cher. Il est toujours disponible, heureux de faire plaisir, sensible à de nouveaux projets, bouleversant d’optimisme, le regard attendri et attendrissant.

Je n’ai pas pu résister à lui « extirper » cette interview malgré son emploi du temps chargé et ses multiples voyages. Je suis heureuse de pouvoir vous livrer ces belles paroles et sa vision bienveillante sur le monde et la jeunesse d’aujourd’hui. Son passé est d’une richesse incroyable. Son avenir n’est pas mal non plus. Il se livre à moi pour vous. Et c’est cadeau !

Propos recueillis par Karina Vigier et Laetitia Chikly.

 

 

1/ On connait le nom Bensimon à travers le monde, cette basket est portée par des teens de tout horizon, mais on ne sait pas grand chose de vous, son créateur, Serge Bensimon. Alors qui êtes-vous ? 

Première question très difficile !

Toute ma vie, je n’ai jamais voulu faire comme les autres.  Par exemple, mes collections ne comportent pas la couleur noire depuis 40 ans. Pour moi, la mode doit être colorée et génératrice d’émotions. Le noir est une couleur trop triste, à contre-courant de l’enseigne de mes boutiques qui s’appellent Autour du monde, à l’image de mes envies de voyage. Car je suis aussi un voyageur, je parcours le monde pour m’inspirer.  Avec mon frère Yves ( avec qui je travaille depuis le début), nous avons ouvert nos premières boutiques dans des quartiers déserts, qui sont devenus ensuite des temples de la mode (exemple : le Marais à Paris). Les gens disent que je suis intuitif, j’aurais un sixième sens, paraît-il… Mais je pense surtout que j’observe énormément, je contemple beaucoup, je suis curieux. Je pense que dans ce métier, c’est indispensable : être ouvert sur le monde, aux rencontres, à l’art…

D’un autre côté, on ne dirait pas, mais ceux qui me connaissent le savent : je suis un grand timide  très paradoxal avec mes rencontres ! Notamment avec la communauté Amish. Jusqu’au-boutiste, je ne lâche jamais rien. Les gens qui travaillent avec moi le savent 😉

 

2/ Vous avez indubitablement le goût de la mode… quelles sont les personnes qui vous ont inspirées ?

 Merci. Je dirais que la première personne qui m’ait inspirée est ma grand-mère. Elle était couturière. Comme je passais beaucoup de temps chez elle, je l’observais longuement nous préparer notamment nos tenues d’écoliers. Nous étions, mon frère et moi, toujours très bien habillés. Elle avait le sens des détails, des coupes parfaites, tout était fait main.

Ensuite, il y a eu mon grand-père, qui était fripier. Il importait, dans les années 70 des fripes made in Usa, c’était fabuleux. Les femmes de la famille, notamment ma tante Ginette, étaient les seules  à porter ces robes que l’on ne trouver nulle part, elles semblaient sortir tout droit d’un film américain.

Puis, bien sûr, lorsque j’étais plus grand, je pense mon père et mon oncle, qui avaient ouvert le plus grand magasin de surplus aux portes de Paris, au Kremlin Bicêtre. C’est vraiment eux qui m’ont donné envie de faire ce métier. Mon père avait un don pour dénicher les bons stocks de surplus venus du monde entier, avec lui j’ai commencé à parcourir le monde pour aller les chercher. Et mon oncle était le meilleur négociateur que j’ai eu la chance de côtoyer dans ma vie.

 3/ Est ce qu’on peut dire que la basket Bensimon est un emblème de la France, au même titre que le béret ou la baguette de pain. Et est-ce que cette idée vous plait ?

 Oui, cela me plaît beaucoup ! Vous n’êtes pas la seule à le dire d’ailleurs. En effet, quand je vois des cars de Coréens s’arrêter devant la boutique et acheter des dizaines de paires pour toute la famille, cela me conforte dans cette idée. C’est un peu magique et cela m’émeut après 40 ans de voir qu’aujourd’hui cette petite tennis est devenue un souvenir français que l’on aime avoir chez soi et sur soi et qui traverse les générations…et les frontières ! C’est notre produit iconique.

 

 

4/ La mode est un éternel recommencement… est ce qu’il y a un thème, un textile, une matière, un imprimé que vous souhaiteriez re-travailler, remettre au goût du jour ?

 Ma mode est intemporelle, j’aime créer des collections dans lesquelles on se sent bien, et qui laissent s’exprimer la personnalité de chacun. Dans chaque collection, vous retrouverez des pièces essentielles retravaillées dans de nouvelles couleurs, comme par exemple le pantalon chino, la veste saharienne, la combinaison, le caban. Je privilégie aussi les matières naturelles et très confortables, comme le coton, le lin, la laine … J’ai un penchant pour les imprimés hawaïens, je garde dans mes archives une collection de chemises que j’ai rapportées de voyages. Ou encore les vestes militaires que j’accumule depuis des années, il m’arrive d’en sortir une et de la réinterpréter pour la saison qui arrive.

 

 5/ Vous êtes aussi à l’origine des concept-stores Home Autour du Monde, des boutiques trendy qui mixent savamment la déco, les vêtements, les accessoires… d’où vous est venu cette idée ?

 Lorsque j’ai eu l’idée avec mon frère Yves de créer le premier concept-store lifestyle en 1989, trois ans après notre boutique de mode, nous revenions d’un long voyage aux Etats-Unis. Nous étions stupéfaits par l’aisance qu’avaient les américains à mélanger les styles pour créer ce qu’ils appellent un style de vie. Après avoir rencontré la communauté Amish et découvert les meubles shaker, nous avons eu envie de partager ces merveilles avec nos clients. Et l’aventure a débuté ainsi. Cette boutique avait des airs de retour de voyage, où l’on pouvait dénicher des trouvailles tant en mode qu’en déco. Des pièces rares, parfois même uniques. Aujourd’hui, nous développons des concept-stores un peu dans toutes les villes, mais je peux vous dire qu’au début des années 90 c’était une innovation totale dans l’esprit des gens ! Mais nous voulions transmettre notre esprit, et cela comptait plus que tout.

6/ Vous semblez être un homme accessible et pourtant vous êtes Monsieur Serge Bensimon, quels conseils donneriez-vous à un jeune qui aujourd’hui souhaiterait se lancer dans la mode ?

 Etre curieux de tout, ne pas avoir peur d’aller vers les autres et surtout, garder les pieds sur terre !

 

7/ Quel regard portez-vous sur la jeunesse d’aujourd’hui ?

Je trouve qu’internet et les réseaux sociaux sont un tremplin incontournable pour la nouvelle génération. Du coup, j’ai quand même l’impression que, parfois, c’est un peu une échappatoire pour les jeunes en difficulté de communication. Cela est parfois dramatique.

Il faut continuer à communiquer, aller rencontrer de nouvelles personnes, appeler les gens plutôt que d’envoyer des messages, s’ouvrir au monde !

En revanche, comme le monde du travail est de plus en plus fermé, bien que l’on ai fait des études, je remarque que les jeunes sont plus audacieux. Ils craignent moins la prise de risques à se lancer par eux-mêmes, à monter leur propre société. L’échec ne leur fait pas peur et ils savent rebondir. C’est un point très positif !

 

8/ Y-a-t-il parmi la nouvelle génération du monde du cinéma ou de la chanson, une personnalité qui se détache et que vous aimeriez avoir comme égérie ou muse ?

En ce moment, j’écoute beaucoup Clara Luciani, j’aime la fragilité et la force incroyable qu’elle dégage en même temps.

Puis, j’ai eu un coup de cœur pour l’influenceuse et mannequin Louise Follain. Son côté seventies et son minois à la Birkin me plaisent beaucoup. Du coup, je lui ai demandé de créer une ligne de prêt-à-porter et accessoires – et une tennis bien sûr – qui sortira avant la fin de l’année.

 

9/ Est ce qu’il y a encore des rêves professionnels que vous souhaiteriez voir se réaliser ?

 Oui, heureusement ! Il faut continuer d’avoir des rêves… un hôtel Bensimon, un restaurant… une boutique aux Etats-Unis sur la côte Ouest… Et aussi, aller sur la Lune et je vous garantis que je vais y arriver (rires).

 

10/ Et pour TeenS, rien que pour TeenS, on rêverait avoir une news ultra confidentielle que nous ne divulguerons qu’à nos lecteurs !

En 2020, j’aimerais lancer un challenge aux lecteurs du Teens… Je leur propose de customiser une paire de leur tennis et de nous envoyer leur photo. L’une d’entre elle sera sélectionnée et avec le Teens, nous l’éditerons. Qu’en pensez-vous ?

Écrit par KiDS Team le 22 novembre 2019