Son histoire, son apprentissage auprès de son père, sa créativité, son audace en cuisine, son talent ont fait d’Anne-Sophie Pic la seule femme chef trois étoiles de France. Si la famille Pic a marqué sensiblement la gastronomie française depuis plusieurs génération, KiDS tire son chapeau à Anne-Sophie, dont la transmission est au cœur des préoccupations. Entretien avec une passionnée qui concilie avec brio vie professionnelle et vie de famille, la maman d’un petit Nathan qui nous livre ses secrets de recettes, à l’école de la vie.

Anne-Sophie, vous faites partie de la quatrième génération de la famille Pic à exercer le métier de chef cuisinier. La reprise du flambeau a t-elle toujours été une évidence pour vous ?

A vrai dire, non et au grand désespoir de mon père ! J’ai passé une enfance très heureuse mais rythmée par les services. Cet entremêlement de la vie familiale et de la vie professionnelle de mes parents était par moment pesant. J’avais donc décidé de faire des études de commerce pour travailler dans le domaine de l’art de vivre à la française. Et puis, mon diplôme obtenu, je réalise que c’est au service de la maison familiale que je veux mettre mon savoir-faire. Il aura fallu m’éloigner de la maison pour réaliser à quel point je lui étais attachée.

Vous êtes à la tête de nombreux établissements de renoms à ce jour, notamment à Valence avec le Restaurant Anne-Sophie Pic, mais aussi à Paris et à Lausanne, sans oublier l’école Scook. La transmission est au cœur de vos préoccupations semble t-il ?

Oui la transmission est très chère à mon cœur. Mon apprentissage auprès de mon père n’a duré que quelques semaines, car il a été interrompu par son décès brutal. Mais, tout au long de sa vie, il a aiguisé ma curiosité. La transmission s’est faite par capillarité en quelque sorte. Je crois qu’un savoir-faire n’est rien s’il n’est pas partagé. Et je pense aussi que les chefs ont une mission d’éducation du goût.

Anne Sophie Pic

Vous êtes à ce jour la seule femme trois étoiles de France, vous avez été élue Meilleure Cuisinière du Monde en 2011, comment aborde t-on l’avenir lorsque l’on reçoit de telles récompenses ?

Recevoir ces récompenses a été pour moi un commencement et non un aboutissement. J’avais rempli mon devoir de mémoire envers mes ancêtres et mon père en particulier. Cela m’a libérée et je me suis autorisée à exprimer ma créativité en cuisine. Depuis, je suis toujours en mouvement. L’avenir est exaltant car plus j’avance, plus j’apprends et plus je me nourris de mes rencontres.

Dans cet univers plutôt masculin, on retrouve tout de même des femmes. Y-a-t-il une femme et chef de cuisines dont vous admirez particulièrement le parcours ?

J’ai envie de vous répondre que toutes les femmes chefs sont admirables car elles ont à faire preuve de persévérance, d’abnégation et de passion pour se faire un nom dans la profession. J’ai toutefois une affection particulière pour Nadia Santini pour qui la cuisine est une recherche de vérité entre simplicité et valorisation des produits.

Votre nom est connu de tous, le duo que vous formez avec votre mari aussi, mais quelle place accordez-vous à la famille au sens large du terme ?

Une place capitale. On me demande souvent comment je concilie vie privée et professionnelle. En habitant à côté du restaurant et en me ménageant des plages horaires que je consacre à ma famille et à mon fils Nathan en particulier. Ces moments sont essentiels à mon équilibre. Les rythmes du service me permettent de m’occuper de Nathan à la sortie de l’école. Et nous dinons toujours en famille avant que je rejoigne le service du soir. Ces moments là sont précieux et je les chéris.

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Comment conciliez-vous les rôles de chef de cuisines et de mère de famille dans votre vie quotidienne ?

Cela m’a pris un peu de temps de ne plus être dans la culpabilité de n’être pas là où j’aurais du être (à la maison quand j’étais au travail et inversement). Bien sûr, c’est parfois compliqué de ne pas emmener ses préoccupations professionnelles ou personnelles avec soi. Mais avec un peu de volonté, on y arrive !

La naissance de votre fils Nathan en 2005 a t-elle influencé votre cuisine ?

Sa naissance a renforcé ma conviction que l’éducation du goût est un combat de tous les instants et que je me devais, en tant que femme, mère et chef, de rendre accessible le bien manger au plus grand nombre. Raison pour laquelle j’ai publié une série de cinq livres de recettes pour tous les jours et pour les grandes occasions, ouvert mon école de cuisine ou encore ma cantine gourmande, le Daily Pic.

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Quel plat familial nous conseillez-vous pour régaler notre tribu un dimanche midi ?

Le dimanche midi, ma mère nous cuisine son poulet rôti à l’estragon, presque confit après une cuisson lente à la cocotte. Je ne connais rien de mieux pour un repas dominical !

Comme tous les journalistes, nous aimerions une petite info rien que pour KiDS ?

Je peux partager avec vous une petite astuce pour faire manger des légumes à vos enfants. J’ai remarqué que les enfants aiment beaucoup pouvoir ajouter des choses spontanément sur leur assiette, surtout si elles apportent du contraste. Par exemple, j’ai toujours beaucoup de succès avec les croûtons, qui peuvent aussi bien agrémenter une salade qu’une soupe ou même une poêlée de légumes. Idem avec des petits cubes de jambon blanc, des copeaux de parmesan taillés à la mandoline, des lamelles de comté coupées avec un couteau économe.

http://www.anne-sophie-pic.com

Écrit par KiDS Team le 29 mai 2016